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Ordre des Avocats au Barreau du Cameroun

Mis à jour le

Monsieur le Doyen de la Faculté des sciences sociales et de Gestion de l’Université Catholique d’Afrique Centrale ;
Je suis, en ma qualité de Secrétaire de l’Ordre des Avocats au Barreau du Cameroun, honoré de participer à cette cérémonie d’ouverture de l’Université d’été des Droits de l’Homme du Barreau que vous avez bien voulu organiser pour mes confrères, au nom de l’Université Catholique d’Afrique Centrale ;

Au-delà de cette fierté qui m’est propre, je suis chargé par le Bâtonnier de l’Ordre, outre de le représenter à cette cérémonie à laquelle il ne peut prendre part pour des raisons indépendantes de sa volonté et de vous prier de bien vouloir accepter ses sincères excuses, mais aussi de saluer, au nom du Barreau tout entier cette grande première tant dans l’histoire de la coopération des deux Institutions dont nous avons la charge, que dans l’histoire de l’Ordre des Avocats tout court ;

Nous remercions Monsieur le Recteur d’avoir entériné ce Projet qui est un acte historiquement fort et dont le Barreau ne peut que vous savoir gré ;

Monsieur le Directeur du Master et de l’école doctorale droits de l’homme et droits humanitaire de l’Université Catholique d’Afrique Centrale ;

Me ETEME ETEME Simon Pierre, Président de la Commission des Droits de l’Homme du Barreau nous a régulièrement informé de tout ce que vous avez personnellement entrepris depuis la germination de ce projet pour en faciliter la réalisation qui, on le voit, commence ce jour ;

Nous le savons, ils sont nombreux sont les Avocats passés par le moule de l’Académie Pour la Paix et les Droits de l’Homme en Afrique Centrale, en ( l’APDHAC) dont vous êtes l’un des pères fondateurs ;

Je ne trahis donc, j’en suis sûr, aucun secret en révélant que bien des membres de la Commission des Droits de l’Homme du Barreau (y compris son Président) tiennent leur qualification du Master et Doctorat Droits de l’Homme et Droit Humanitaire de l’UCAC-APDHAC et que, forcément, la pertinence, ainsi que la richesse des résultats de cette Commission phare du Barreau attestent bien du label de votre Établissement qui est un pôle d’excellence en Afrique Centrale, et certainement au-delà ;

Éminents Professeurs ;

Soyez remerciés pour l’œuvre de transmission des savoirs commencée en direction des membres du Barreau lors des multiples activités académiques antérieures et celles encore plus nombreuses à venir, dans le domaine des droits humains ;

Votre œuvre est hautement stratégique pour la promotion, puis la protection de l’état de droit, notamment chez nous en Afrique Centrale ;

Monsieur le Président de la Commission des Droits de l’Homme du Barreau ;

Mes très Chers Confrères apprenants pendant toute la semaine qui va suivre;

Je sais que chacun de vous est bien conscient, à titre individuel, des attentes qu’il place en cette Session d’été.

Je me dois cependant de vous en rappeler au nom du Bâtonnier de l’Ordre le niveau de nos attentes, le sens puis la portée, au plan institutionnel.

Vous devez toujours garder en mémoire mes chers confrères que le rôle historiquement assigné aux Barreaux du monde porte sur la quête de la réalisation et du respect des droits de l’homme ;

C’est pour cela que la feuille de route impartie en la matière par les Nations Unies au Congrès pour la prévention du crime et le traitement des délinquants qui s’est tenu à La Havane (Cuba) du 27 août au 7 septembre 1990 contient des Principes de base relatifs au rôle du Barreau, qui sont désormais universels ;

Le principe 04 énonce le « rôle important que jouent les avocats quant à la protection des libertés fondamentales » ;
Le Principe 14 nous interpelle en permanence en énonçant que « les avocats doivent chercher à faire respecter les droits de l’homme et les libertés fondamentales reconnus par le droit national et international et agissent à tout moment librement et avec diligence ».
Le Principe 23 énonce quant à lui que « Les avocats, comme tous les autres citoyens, doivent jouir de la liberté d’expression, de croyance, d’association et de réunion. » « En particulier (poursuit-il), ils ont le droit de prendre part à des discussions publiques portant sur le droit, l’administration de la justice et la promotion et la protection des droits de l’homme (…) sans subir de restrictions professionnelles du fait de leurs actes légitimes… »
Sur ce point justement, je voudrais partager avec vous ces propos de notre confrère Béninois Raymond DOSSA qui dit à propos de l’avocat que « Sa voix doit être entendue de manière extensive, c’est-à-dire, partout où des communautés humaines, des individus et des personnes morales recourent au service d’un avocat ; partout où les droits humains sont bafoués ; partout où la violation des droits et des libertés publiques, reste préoccupante ; partout où règne l’injustice, d’où émergent des cris de détresse et de désespoir ».

« L’avocat, en effet, (ajoute-t-il), est l’éclaireur, le créateur d’espérance,‘’ le défenseur de la veuve et de l’orphelin’’, en somme, le dernier refuge, non pas seulement dans son propre pays, mais partout ailleurs dans le monde. Il peut être à la fois ‘’prophète chez lui’’ et ailleurs. C’est un privilège inestimable ! Les conventions régionales internationales et d’autres accords de coopération lui en donnent le droit parfois même, lui en imposent l’obligation ».

De ce qui précède, vous pouvez en déduire mes chers confrères, qu’il est du devoir de l’Avocat d’observer, de surveiller, puis d’objecter sur la situation des droits de l’homme lorsqu’ils sont violés, ou seulement menacés de l’être.

Il s’agit pour nous de jouer un rôle de sentinelle, de vigile des droits de l’homme en sachant mesurer les écarts observés pour bien les comprendre.

Mais pour cela, il vous faut des outils de mesure dont toute sentinelle doit être a minima « armée » !

Tels sont le fondement, la raison d’être et la finalité de l’Université d’été des Droits de l’Homme du Barreau que nous avons le bonheur de lancer ce jour.

Soyez donc félicités, chers confrères, d’avoir levé l’option d’y participer.

Le Barreau en attend pour sa part, que vos capacités soient renforcées afin qu’à votre tour vous veniez davantage renforcer l’activité progressivement intensive de la CDHB, et plus généralement, celle de notre Ordre professionnel.

Vous devrez sans doute aussi concourir à la formation de vos confrères dans le cadre d’ateliers restreints et aux étudiants qui viendront solliciter, parce que recommandés par l’UCAC, des stages académiques ; car toutes les valeurs de lutte pour les droits de l’homme doivent se partager ;

L’Ordre attend une meilleure prise en compte du DIDH dans l’activité de l’avocat au quotidien (consultation, conclusions, plaidoiries, entre autres), que ce soit dans la perspective de l’article 2(1) du Code pénal ou de celle de l’article 45 de la Constitution du Cameroun selon lequel « Les traités ou accords internationaux régulièrement approuvés ou ratifiés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve pour chaque accord ou traité, de son application par l’autre partie ».

Il n’y a que des avocats formés et bien formés pour s’approprier les techniques d’invocation du DIDH ;

Il n’y a que des avocats formés pour assurer des prestations de qualité devant la Cour Pénale Internationale, la Cour africaine des droits de l’Homme et des Peuples, ou la Commission Africaine des droits de l’Homme et des Peuples, le Tribunal International du droit de la Mer (TIDM) et j’en passe…

C’est pourquoi je voudrais en terminant, au nom du Bâtonnier de l’Ordre, émettre en ses lieu et place, comme il m’a demandé de le faire, le vœu

que cette première expérience se renouvelle d’elle – même, au regard de la constance des enjeux et la permanence des attentes en la matière…

Sur ce, je vous souhaite une excellente formation !

Yaoundé le 24 Septembre 2018

Le Secrétaire de l’Ordre
Me Philippe MEMONG